|

Cybercriminalité : l’ère de la connexion remplace celle de l’effraction

Ajouter The Media Leader à vos sources préférées
Cybercriminalité : l’ère de la connexion remplace celle de l’effraction
Selon Cloudflare, la sécurité ne consiste plus uniquement à empêcher des intrus d’entrer dans un système. Elle suppose désormais de vérifier en permanence que les utilisateurs présents à l’intérieur du réseau sont bien ceux qu’ils prétendent être.

Cloudflare a publié son premier Threat Report et dresse un constat sans ambiguïté : la cybercriminalité change de nature. Les acteurs malveillants ne cherchent plus seulement à forcer les défenses des entreprises, mais à se connecter légitimement aux systèmes en exploitant identités, accès et outils de confiance. Cette évolution marque une réorientation profonde des schémas d’attaque contemporains.

Le rapport s’appuie sur les analyses de Cloudforce One, l’équipe de renseignement sur les menaces de l’entreprise, ainsi que sur l’observation du réseau mondial de Cloudflare, qui affirme bloquer 230 milliards de menaces chaque jour. À travers l’analyse de milliers de milliards de signaux réseau et de tactiques, techniques et procédures (TTP), l’étude met en lumière une transformation structurelle de la menace.

De l’intrusion à l’usurpation de confiance

Selon Cloudflare, la sécurité ne consiste plus uniquement à empêcher des intrus d’entrer dans un système. Elle suppose désormais de vérifier en permanence que les utilisateurs présents à l’intérieur du réseau sont bien ceux qu’ils prétendent être.

Les attaquants ne se limitent plus à des actions spectaculaires comme la mise hors ligne de sites via des attaques par déni de service distribué (DDoS). Ils infiltrent des systèmes de paie, compromettent des chaînes d’approvisionnement logicielles et manipulent des outils automatisés pour obtenir une forme de légitimité opérationnelle. L’objectif est moins de “forcer” l’accès que de s’intégrer discrètement aux flux existants.

Matthew Prince, cofondateur et CEO de Cloudflare, estime que cette mutation est alimentée par la fragmentation des informations sur les menaces : « Les pirates se nourrissent des lacunes laissées par les ensembles d’informations sur les menaces fragmentés et obsolètes. (…) En partageant ces informations avec le monde, nous comblons les failles et renvoyons l’avantage aux défenseurs. »

L’IA abaisse la barrière technique

Le rapport souligne un facteur d’accélération majeur : l’intelligence artificielle. Les grands modèles linguistiques (LLM) sont désormais utilisés par des acteurs malveillants pour cartographier des réseaux en temps réel, identifier des vulnérabilités exploitables et générer des contenus frauduleux sophistiqués, notamment des deepfakes.

Cloudforce One indique avoir suivi un acteur ayant utilisé l’IA pour localiser des données à forte valeur et mener l’une des attaques les plus puissantes observées contre une chaîne d’approvisionnement. Cette opération aurait compromis la sécurité de centaines de tenants professionnels, c’est-à-dire des applications SaaS à fort volume permettant à plusieurs entreprises de partager des ressources.

L’IA ne crée pas seulement de nouvelles menaces : elle démocratise l’accès à des capacités auparavant réservées à des groupes techniquement avancés. La barrière à l’entrée pour lancer des attaques complexes se réduit, modifiant l’équilibre entre attaquants et défenseurs.

Des stratégies étatiques plus ciblées

Le rapport met également en avant l’évolution des stratégies d’acteurs soutenus par des États. Les groupes liés à la Chine, tels que Salt Typhoon et Linen Typhoon, auraient délaissé les campagnes massives pour privilégier des frappes ciblées contre les télécommunications, les entités gouvernementales et les services informatiques nord-américains.

Cloudflare évoque une transition de l’espionnage traditionnel vers le “prépositionnement persistant” : l’installation discrète de code dans des infrastructures critiques afin de préparer d’éventuelles attaques futures. Cette logique d’implantation à long terme transforme les infrastructures essentielles en terrains d’anticipation stratégique.

L’usurpation d’identité à l’échelle des entreprises

Autre tendance notable : l’infiltration des organisations via des identités falsifiées. Des agents liés à la Corée du Nord utiliseraient des deepfakes et de fausses identités pour contourner les processus de recrutement et intégrer directement des entreprises occidentales.

Ces individus masqueraient leur localisation réelle grâce à des “fermes à ordinateurs portables” situées aux États-Unis, permettant de simuler une présence locale. Cette stratégie brouille les frontières entre cybersécurité et gestion des ressources humaines, en faisant de l’identité numérique un vecteur d’attaque central.

Des attaques DDoS hors d’échelle humaine

En parallèle, les attaques DDoS atteignent des volumes inédits. Cloudflare cite un record de 31,4 térabits par seconde. Des botnets à grande échelle, comme Aisuru, seraient désormais capables de perturber les réseaux d’un pays entier.

Face à ces volumes, la réponse humaine ne suffit plus. Les défenses doivent être entièrement automatisées pour détecter et neutraliser les attaques en temps réel. Cette automatisation devient une condition de résilience face à des offensives dont la rapidité et l’intensité dépassent les capacités d’intervention manuelle.

Vers une posture proactive fondée sur le renseignement

Pour Blake Darché, Head of Threat Intelligence au sein de Cloudforce One, les entreprises doivent revoir leur approche : « Afin d’éviter de se retrouver prises au dépourvu, les entreprises doivent passer d’une stratégie réactive à une posture soutenue par des ensembles d’informations sur les menaces. »

Le rapport se positionne comme un outil d’aide à la décision pour les équipes de sécurité, en leur permettant de comprendre l’échelle des attaques et l’évolution des techniques employées. Dans un contexte où l’IA accélère la sophistication des offensives et où les États investissent dans des stratégies d’implantation durable, la défense ne peut plus se limiter à des mécanismes périmétriques.

La cybercriminalité entre ainsi dans une phase où la question centrale n’est plus seulement celle de l’accès, mais celle de la confiance. Dans un environnement numérique fondé sur l’interconnexion et le cloud, la capacité à vérifier en continu les identités et les comportements devient un enjeu stratégique pour les entreprises comme pour les États.

La newsletter

Toute l'actualité des médias et de la publicité chaque jour

S'inscrire gratuitement
Newsletter
Adwanted Inscription