Deezer face à la montée des contenus IA et à la conquête de la Gen Z
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Alors que 20 000 titres générés par intelligence artificielle sont ajoutés chaque jour sur sa plateforme, Deezer continue d’affiner sa stratégie. Son directeur général, Alexis Lanternier, dévoile les coulisses d’un changement de cap marqué par un quasi-retour à l’équilibre financier et à un cash-flow positif pour la première fois, la plateforme marque un investissement massif dans l’expérience utilisateur et un focus affirmé sur la musique. En effet, le chiffre d’affaires du groupe a progressé de 11,8% sur un an, atteignant 541,7 millions d’euros, porté par une hausse des prix des abonnements et une dynamique forte de ses partenariats.
En 2025, 18% des morceaux ajoutés chaque jour sur Deezer sont créés par intelligence artificielle, soit environ 30 000 titres sur un total de 150 000. Un chiffre qui a quasiment doublé depuis janvier. Face à cette tendance, Deezer a mis en place un système de détection propriétaire qui identifie ces morceaux — en provenance d’outils comme Suno ou Udio — et les étiquette clairement comme « IA Generated ». Ils sont également exclus des recommandations algorithmiques.
« On protège l’expérience musicale. Et heureusement, les utilisateurs continuent de préférer les vrais artistes », rappelle Alexis Lanternier. « Grâce à notre technologie, nous repérons 97% des contenus générés automatiquement. »
Le cashflow positif, un tournant stratégique
2024 marque une rupture pour Deezer : pour la première fois depuis sa création, la plateforme a atteint un cashflow positif. Un jalon décisif, selon Alexis Lanternier :
« Depuis 17 ans, Deezer investit à perte. Avoir une trésorerie positive change notre dynamique : nous avons désormais plus de liberté pour façonner l’expérience utilisateur, sans dépendre de nouveaux investisseurs. »
Ce retour à l’équilibre s’explique par un recentrage sur les marchés clés. « La France représente plus de la moitié de notre chiffre d’affaires et de nos abonnés. Le Brésil est notre deuxième marché, suivi par d’autres pays d’Amérique latine », précise-t-il.
L’expérience utilisateur, cœur de la stratégie
Fort de cette autonomie retrouvée, Deezer présente une série de nouveautés centrées sur la personnalisation, qui visent d’abord la génération Z, cœur de cible stratégique. « Ils représentent 40% des utilisateurs du streaming, et 70% d’entre eux affirment que la musique est leur passion numéro un », explique Lanternier.
Dès le 2 mai, les utilisateurs pourront organiser l’onglet Favoris, personnaliser les visuels de playlists, et surtout interagir avec l’algorithme via un nouvel espace dédié. Ils pourront ajouter un bouton « dislike », exclure certains titres ou artistes des recommandations, et influencer plus finement leurs découvertes.
« On veut que chaque utilisateur puisse se sentir chez lui. Qu’il comprenne l’algorithme et puisse le maîtriser. L’objectif n’est pas de monétiser ces fonctionnalités, mais de renforcer l’expérience », insiste-t-il.
Un nouveau service baptisé My Deezer Month viendra enrichir cette approche avec une rétrospective mensuelle personnalisée.
Autre innovation marquante : Deezer lance un lien de partage universel permettant d’envoyer un morceau à un contact, quel que soit son service de streaming (Spotify, Apple Music, YouTube Music). « Nous avons décidé de casser les barrières. La musique doit circuler librement », souligne Lanternier. Ce nouveau lien s’ajoute à Shaker, service permettant de créer des playlists communes entre plateformes concurrentes.
Une plateforme fidèle à son ADN musical
Alors que Spotify ou Amazon explorent les livres audio ou la vidéo, Deezer reste centré sur son cœur de métier. « La priorité, c’est la musique. C’est notre marque de fabrique. Il y a encore énormément à faire dans ce domaine, surtout pour répondre aux attentes de la génération Z », insiste le dirigeant.
S’il reconnaît que Deezer propose aussi des podcasts et des livres audio, ces formats ne constituent pas la demande principale de ses utilisateurs. « On continuera d’innover dans la musique, là où Deezer peut faire la différence. »
Modèle payant en priorité
Enfin, Deezer continue de miser sur un modèle premium centré sur l’abonnement payant, qui reste la clé de sa rentabilité. « La très grande majorité de nos abonnés sont payants », rappelle Alexis Lanternier. « Les revenus publicitaires sont négligeables. Notre priorité, c’est de créer une app personnalisée, sans penser à la monétisation via les marques. »
Avec 5 millions d’abonnés en France sur un total de 10 millions dans le monde, Deezer entend poursuivre sa croissance en s’appuyant sur une offre différenciante, plus humaine et maîtrisable. Un positionnement à contre-courant de certaines plateformes, mais qui s’ancre pleinement dans une logique de fidélisation par la qualité de l’expérience.
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