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Événementiel, presse, innovation : comment CMA Média prépare le futur

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Événementiel, presse, innovation : comment CMA Média prépare le futur

INTERVIEW. À l’occasion de la deuxième édition des Rencontres Internationales des Médias (RIM) qui s’ouvrent à Marseille les 2 et 3 juillet, Jean-Christophe Tortora, directeur général des activités presse de CMA Média, la filiale de CMA CGM, détaille la stratégie du groupe dans l’information. Du positionnement assumé de La Tribune Dimanche aux ambitions autour de La Provence qui vient de signer l’acquisition d’une nouvelle imprimerie avec Nice-Matin ou du projet audio Max, il défend une vision volontariste, hybride et résolument offensive.

The Media Leader : Pourquoi avoir lancé les Rencontres Internationales des Médias, et pourquoi CMA Média les organise-t-il ?

Jean-Christophe Tortora : Nous sommes un nouvel entrant dans le monde des médias, avec une volonté de participer à la réflexion sur l’avenir de l’information. Il existe de nombreux événements consacrés aux contenus ou aux plateformes, mais trop peu s’intéressent aux modèles économiques. C’est pour cela que nous avons voulu organiser les RIM, à la veille des Rencontres économiques d’Aix, avec le soutien de la région Sud. C’est une sorte d’université d’été des médias, une plateforme d’échanges et de débats entre journalistes, industriels, annonceurs, et chercheurs. En tant qu’acteur jeune mais ambitieux, nous avons jugé essentiel de contribuer à cette dynamique collective qui pense l’avenir de l’information dans un monde bouleversé par la technologie, la géopolitique et l’économie. Les RIM nous permettent aussi de préparer le congrès mondial de la presse que CMA Média accueillera au printemps 2026 à Marseille.

TML : Le programme 2025 des RIM montre une ouverture inédite vers d’autres secteurs. Pourquoi cette diversité ?

J.-C.T. : Nous voulons faire dialoguer toute la chaîne de valeur : médias, plateformes, producteurs, distributeurs… C’est en croisant les points de vue qu’émergeront les solutions de demain. Le thème de cette année, « Les médias à la conquête du nouveau monde », illustre notre conviction que l’avenir se construira dans l’hybridation. L’accord entre TF1 et Netflix, par exemple, est emblématique de cette mutation des modèles traditionnels. Nous avons réuni aussi bien les patrons de groupes de presse régionale que les acteurs globaux du streaming ou des plateformes sociales. Cette mixité révèle un changement de paradigme : aujourd’hui, il ne s’agit plus d’opposer les modèles mais d’imaginer des coopérations créatrices de valeur.

TML : CMA CGM s’est lancé dans les médias avec une double présence presse et audiovisuelle. Comment créer des ponts entre ces deux univers ?

J.-C.T. : Il faut être humble : nous sommes un nouvel acteur, même si nous avons pris une place importante. Ce que nous partageons, c’est la conviction que l’information a de la valeur. Dans un monde saturé de contenus, souvent produits par des non-journalistes, la valeur de l’information de qualité est fondamentale. Cela implique aussi d’investir dans les nouveaux usages et la distribution. C’est le sens de notre projet Max, une expérience audio inédite qui verra le jour en septembre. Il est trop tôt pour parler d’intégration stricte entre nos entités presse et audiovisuelle, mais nous posons les premiers jalons d’une stratégie plus fluide, plus collaborative entre rédactions, en particulier entre La Tribune et BFM Business.

En 2025, nous prévoyons d’améliorer notre compte d’exploitation de 30% de La Tribune

TML : Quel bilan tirez-vous de La Tribune Dimanche, un an et demi après son lancement ?

J.-C.T. : L’audace est récompensée. Nous franchissons régulièrement le cap des 52 000 exemplaires payés depuis le début de l’année (NB : la dernière vague ACPM OJD DFP 2024 certifié 47 366 exemplaires). Nous avons aujourd’hui 62 % de parts de marché publicitaire en volume (hors info media) le dimanche vs JDD et Parisien / Aujourd’hui Dimanche (source Kantar) , nous avons pris notre place face au JDD et au Parisien / Aujourd’hui Dimanche. La Tribune Dimanche a trouvé son lectorat grâce à un projet éditorial républicain, nuancé, qui apaise plutôt qu’il ne clive. Nous avons comblé un vide, en proposant une lecture utile, engagée, sans tomber dans le sensationnalisme. La rentabilité n’est pas encore atteinte, mais nous visons l’équilibre en 2027. Côté annonceurs, la marque a très vite trouvé sa place. Plusieurs grandes marques ont choisi La Tribune Dimanche comme nouveau support de prise de parole dominicale, souvent en quête de lectorats moins saturés et plus réceptifs. Le positionnement éditorial sérieux et apaisé a séduit les secteurs institutionnels, la finance, la tech, et même la grande conso. La Tribune Dimanche a aussi permis de recruter des annonceurs primo-accédants à la presse, grâce à des suppléments thématiques ciblés.
Autre sujet de satisfaction : notre lectorat est mixte, le plus jeune de la PQN et le premier en affinité sur les Top cadres & Top revenus, les Très hauts revenus (vs PQN 7) membres du comex et aussi futurs créateurs d’entreprises (VS PQN) (source One next influence 2025)

TML : Peut-on avoir quelques chiffres sur les pertes et les perspectives ?

J.-C.T. : En 2024, la société La Tribune a enregistré une perte de 11,7 millions d’euros, incluant les investissements du lancement de La Tribune Dimanche et l’accélération du projet de La Tribune. En 2025, nous prévoyons d’améliorer notre compte d’exploitation de 30% et notre résultat net de 17% car nous sommes encore en phase d’investissement, conformément notre trajectoire. Si la tendance se confirme, nous atteindrons le break-even d’ici deux ans. Nous restons lucides : lancer un quotidien du dimanche, en pleine mutation du marché, avec des contraintes de distribution, était un pari risqué. Mais les chiffres progressent, tant en diffusion, en abonnement qu’en publicité.

TML : Vous avez lancé plusieurs suppléments éditoriaux. Sont-ils appelés à se développer ?

J.-C.T. : Oui. Le dimanche est un jour où les lecteurs sont disponibles, captifs, et où les annonceurs cherchent à toucher des audiences attentives. Les suppléments sur la santé, le patrimoine ou la finance rencontrent du succès. Ils nous permettent d’attirer de nouveaux annonceurs et de renforcer notre proposition de valeur. Nous poursuivrons dans cette voie, avec des suppléments thématiques et des verticales fortes, car nous constatons une appétence croissante pour des contenus de fond et spécialisés.

A La Provence, une nouvelle formule au format tabloïd est prévue pour janvier, avec une stratégie de reconquête des territoires.

TML : Où en est La Provence, après une période de tension ?

J.-C.T. : L’ambiance est bonne et le travail en profondeur commence à porter ses fruits. Les salariés sont fiers de leur nouveau siège à Grand Central. L’arrivée d’Olivier Biscaye à la rédaction et de Jean-Louis Pelé à la direction générale relance une vraie dynamique. Nous avons signé le rachat de l’imprimerie MOP avec Nice-Matin, ce qui nous redonne la maîtrise de notre outil industriel. Une nouvelle formule au format tabloïd est prévue pour janvier, avec une stratégie de reconquête des territoires. C’est une Provence résolument offensive, structurée, et mieux armée pour affronter les défis de la PQR.

Nous voulons nous renforcer dans l’information à forte valeur ajoutée.

TML : Vous venez aussi d’annoncer le rachat d’Air & Cosmos. Quelle est votre stratégie en matière de croissance externe ?

J.-C.T. : Nous voulons nous renforcer dans l’information à forte valeur ajoutée. Après La Tribune et BFM Business, Air & Cosmos nous positionne comme n°1 dans la défense, l’aéronautique et le spatial. Nous continuerons d’étudier d’autres dossiers dans ce sens. En revanche, sur la presse régionale, notre priorité reste de consolider La Provence et Corse Matin. L’enjeu est double : renforcer notre expertise sur des secteurs stratégiques, tout en assurant la viabilité économique et éditoriale de nos titres régionaux existants.

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