Karim Nedjari (RMC) : Pour la Coupe du monde, « il faut que RMC soit le bateau amiral de la flotte CMA Media »
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À l’occasion du lancement de la Coupe du monde 2026, organisée pour la première fois par trois pays, les groupes médias français ajustent leurs dispositifs éditoriaux autour d’un événement étalé sur plus d’un mois et un continent entier. Pour RMC, intégrée depuis 2024 à CMA Media après le rachat d’Altice Media par CMA CGM, le rendez-vous prend une dimension particulière : c’est la première grande compétition où la radio assume le rôle de « bateau amiral » de la flotte médiatique du groupe. Karim Nedjari, directeur général de RMC et RMC Sport, détaille le dispositif et la trajectoire qu’il entend imprimer à la marque.
The Media Leader : Le Mondial de football donne le coup d’envoi ce jeudi. Quel dispositif RMC déploie-t-elle ?
Karim Nedjari : C’est un enjeu majeur pour nous : c’est la première fois que toute la puissance de RMC est mise au service de CMA Media. Nous serons installés à 800 mètres du MetLife Stadium de New York, au siège de CMA America, où nous créons le CMA Football Center, avec l’ensemble des marques du groupe mobilisées autour de la Coupe du monde. L’After Foot sera délocalisé pour travailler la nuit, dans un dispositif que je qualifie de 36 heures sur 24 : toutes les antennes de RMC seront mobilisées, auxquelles s’ajoute une radio digitale qui commentera les 104 matchs en direct. BFM assurera le traitement sociologique, mais aussi politique et diplomatique de l’événement. L’After Foot sera filmé et ces émissions seront diffusées en direct le soir sur les chaînes. Nous réaliserons le cahier sport de La Tribune Dimanche et travaillerons avec Brut sur les réseaux sociaux, avec un angle davantage tourné vers les supporters. Cinq journalistes seront enfin présents au centre d’entraînement de l’équipe de France pour assurer la proximité avec la sélection.
The Media Leader : Vous insistez sur un rôle sociétal du football. Comment l’expliquez-vous ?
K.N : Le patriotisme n’est pas le nationalisme. Le nationalisme se construit contre les autres, le patriotisme relève de l’amour des siens. Ce que nous voulons, c’est que le football permette aujourd’hui aux gens de se retrouver, d’échanger, de se fédérer. Nous vivons dans une société fragmentée, segmentée, qui s’oppose. Or on a vu, avec les Jeux olympiques en France, que les grandes compétitions comme la Coupe du monde ou le Tour de France permettent de réunir les Français, de débattre et de se retrouver. C’est précisément ce que nous cherchons à faire à RMC. Développer cette culture populaire nous tient à cœur, et c’est stratégiquement très important pour la radio.
The Media Leader : Au-delà de la radio, il y a une marque média, des réseaux sociaux, une télévision. Comment définiriez-vous RMC aujourd’hui ?
K.N : RMC est bien plus qu’une radio. C’est aujourd’hui un ensemble : une télévision payante, RMC Sport, une chaîne Twitch, RMC. C’est la troisième radio de France chez les 25-49 ans et la deuxième marque sur les réseaux sociaux. Mais il y a une dimension philosophique derrière tout cela. Être plus qu’une radio, c’est accompagner les Français dans leurs difficultés. Nous sommes la radio du pouvoir d’achat. Quand je dis que nous devons être partenaires de tous les vide-greniers et de toutes les brocantes de France, c’est un signe : j’observe qu’au-delà de la dimension économique, ces lieux sont aussi des espaces d’échange. Je voudrais que nous devenions le premier média audio digital français.
The Media Leader : La Coupe du monde sert-elle de laboratoire pour tester ces nouvelles synergies et de nouveaux formats ?
K.N : C’est un laboratoire, mais c’est plus qu’un laboratoire : c’est une étape importante dans la construction du groupe. C’est ma huitième Coupe du monde à titre personnel, et la première où nous déployons pleinement toutes les synergies. Dans la même logique que ce que nous avons fait cette année avec l’After Foot : pour ses 20 ans, l’émission a mené une tournée dans les cinémas Pathé, dont CMA CGM détient une partie du capital, réunissant 4 500 personnes à chaque étape. Nous avons aussi organisé une tournée internationale, aux États-Unis l’an dernier, au Maghreb, et ce week-end à Dakar. Aujourd’hui, l’After Foot est présent dans 17 millions de foyers en France, mais aussi dans 17 pays africains.
The Media Leader : La télévision traverse une crise des droits et peine parfois à trouver des diffuseurs. Comment se positionne RMC dans ce marasme ?
K.N : Si l’on me dit que le média radio souffre, il souffre en linéaire, mais le podcast prend le relais. RMC doit pouvoir s’écouter quand on veut, où on veut. Nous devons nous adapter à ces nouveaux usages et aller chercher la jeunesse. Avec l’opération de la nouvelle voix de l’After Foot, je suis fier d’avoir reçu 3 500 candidatures de jeunes qui veulent faire de la radio. Sur ces 3 500 vidéos, l’un d’eux a été retenu et rejoindra l’équipe à la rentrée, aux côtés de Gilbert Brisbois et Daniel Riolo. C’est essentiel, au même titre que les web radios créées pour le Tour de France ou les Jeux olympiques : nous donnons le choix. L’auditeur peut écouter Les Grandes Gueules, Estelle Denis, ou se concentrer à 100% sur la Coupe du monde.
The Media Leader : Quel regard portez-vous sur les plateformes comme Spotify ou YouTube ? Le sujet aujourd’hui est-il de démocratiser l’écoute, voire de soutenir le modèle publicitaire ?
K.N : Le modèle de RMC et de BFM repose sur la multidiffusion. Nous voulons être écoutés partout, sur tous les réseaux, et rester attentifs aux relais médiatiques, qu’il s’agisse de YouTube, de X, de Twitch ou d’Instagram. Demain, d’autres supports de diffusion apparaîtront forcément. Nous devons être à l’écoute de tout cela et aller chercher toutes les personnalités, parce que le besoin d’information et de divertissement est plus fort que jamais. Il faut être totalement à l’écoute si l’on veut être écouté. Aujourd’hui, toutes nos émissions sont filmées : c’est à la fois de la télévision, de la radio et du digital.
The Media Leader : De quel œil voyez-vous le rachat de la chaîne RMC Sport par CMA Media ?
K.N : Même si elle n’était pas achetée par le groupe CMA Media, nous, RMC, avec l’agence RMC Sport, on produisait au quotidien cette chaîne. On est passé d’un modèle uniquement football à un modèle sport de combat. Une télévision payante, pour moi, c’est un sport défini, avec une communauté forte, portée par des stars et avec un droit majeur. Quand vous allez à l’UFC, qui est l’équivalent de la NBA en basket, vous avez le droit majeur et des stars françaises comme Benoît Saint-Denis. Derrière, il y a toute une communauté très engagée sur les réseaux sociaux. C’est pour ça qu’on croit vraiment au sport de combat, de la même manière qu’on a de très bonnes relations avec le judo et la boxe. On ne va pas aller chercher des droits sur lesquels on n’est pas calibré.
The Media Leader : Quelle est votre feuille de route pour les prochaines années au sein de CMA Media, et quelle place RMC peut-elle y occuper ?
K.N : La valeur de CMA CGM, c’est de relier les hommes : le groupe transporte des biens, et nous, nous transportons des émotions. Aujourd’hui, CMA CGM, c’est une équipe cycliste, le transporteur officiel de Ferrari, une présence dans les courses de voile et, plus largement, dans le milieu du sport. RMC c’est la radio des opinions et numéro un sur le sport. Nous avons des responsabilités. Cette Coupe du monde est un enjeu important pour démontrer qu’il existe une cohérence, une puissance, et que nous sommes capables d’être à la hauteur des attentes d’un groupe qui a beaucoup d’ambition.
The Media Leader : Qu’attendez-vous concrètement de cette édition par rapport aux précédentes Coupes du monde ?
K.N : Ce que nous attendons, c’est d’être à la hauteur des attentes des auditeurs et des supporters français. Sur les deux dernières éditions, la France a gagné en 2018 et atteint la finale au Qatar. L’attente est énorme dès lors que vous disposez du meilleur joueur du monde, Kylian Mbappé. Plus la France ira loin, plus la ferveur sera grande, et plus nous pourrons réaliser de bonnes audiences. C’est aussi la dernière Coupe du monde de Didier Deschamps, ce qui crée une émulation particulière, avec sans doute le passage de témoin vers Zinédine Zidane. C’est également la dernière de Lionel Messi et de Cristiano Ronaldo. S’y ajoute une dimension politique, avec l’équipe d’Iran et la question des passeports et des visas pour pouvoir travailler sur place.
The Media Leader : Cette édition est particulière, avec un format élargi et trois pays hôtes. En quoi cela change-t-il votre traitement ?
K.N : L’événement se déroule sur l’ensemble des États-Unis, plus le Mexique et le Canada. C’est l’inverse du Qatar, où tout était concentré à Doha. C’est comme si l’on organisait la Coupe du monde sur toute l’Europe. Cela impose une autre manière journalistique de la traiter. Les enjeux sont passionnants, et c’est ce qui nous rend à la fois enthousiastes, mobilisés et très concentrés, car nous savons que ce seront six semaines difficiles. Le dispositif est donc plus important que pour les éditions précédentes : nous sommes responsables de l’ensemble des médias du groupe, et il faut que RMC soit le bateau amiral de la flotte CMA Media.
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