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Sans serment

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Sans serment

L’édito du dimanche 6 avril 2025 (à lire également dans la newsletter The Media Leader Dimanche : abonnez-vous ici)

Cette semaine, à l’instar de certains d’entre vous, j’ai passé quelques jours dans un lieu idyllique. Non, je ne veux pas vous envie aux autres, simplement vous informer d’un fait avéré. J’ai en effet eu la chance de découvrir le domaine de l’abbaye des Vaux-de-Cernay. J’ignorais jusque-là l’existence de cette résidence cachée dans la vallée de Chevreuse. Pour faire très, mais alors très court, elle a été construite au XIIème siècle, brûlée et pillée au XVIIIème, rachetée et restaurée par la famille de Rothschild au XIXème et transformée en « resort » d’un luxe ultime au XXIème. C’est beau, calme, c’est luxueux. C’est aussi cher, si j’en crois ma plateforme de réservation favorite, même avec mon statut de client génial. Mais cette fois-ci, cela n’avait pas d’importance puisque j’étais invité, non à paresser gentiment au soleil, mais à assister aux délibérations du jury du Grand Prix de la communication extérieure. Il s’agissait de la cinquantième édition de cette institution dont j’ai eu l’occasion de narrer une partie des célébrations dans un article que vous trouverez ici, si le cœur vous en dit. Il y a été question de l’âme, de l’âge et de l’art de la pub pendant le débat – ou faut-il dire le show ? – entre Séguéla et Maurice. Un jeune nonagénaire et un vieil octogénaire qui ont fait prendre conscience au retraité débutant qu’en étant assis face à eux, je reniais une promesse que je m’étais faite il y a plus de trente ans.

L’homme à la pipe

C’était à Saint-Tropez et je découvrais ce qui s’appelait alors le Grand Prix de l’Affichage. L’hôtel dans lequel nous logions n’était pas une demeure historique, mais un lieu alors à la mode. Peut-être était-il moins fastueux, mais le jeune journaliste n’en n’avait jamais connu de plus luxueux. Tout était nouveau, la pub, les créatifs, les agences, l’affichage. J’apprenais tout, j’absorbais tout tel un enfant insatiable et gourmand. Cependant, au sein de cet aréopage de talents, il y avait un personnage dont l’allure détonnait. Non qu’il fût bête ou moche. Tout le contraire, c’était un gentleman portant beau, élégant et digne, la pipe aux lèvres. Mais c’est précisément cette dégaine d’un autre temps qui contrastait. C’était le journaliste spécialiste de la publicité d’un grand quotidien. Mes confrères m’avaient expliqué qu’il était à la retraite mais que l’on continuait à l’inviter compte tenu de son statut et de son prestige. Du haut de ma trentaine j’avais trouvé cela touchant et un peu triste. Aussi m’étais-je juré de ne jamais me retrouver ainsi. On sait aujourd’hui ce qu’il en est. Rien de grave. Invité, il y a peu d’une soirée où je ne connaissais pas grand monde, j’ai fait la connaissance d’un couple d’acteurs qui me demandaient ce que je faisais dans la vie. « Retraité », ai-je répondu. « Actif », ai-je ajouté, comme pour me justifier. « Nous, nous ne nous arrêterons jamais de jouer la comédie, parce que ça nous amuse » me répliquèrent-ils. Pareil. Et tant pis pour les serments.

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