Scénario huilé
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L’ÉDITO de The Media Leader Dimanche du 9 juin 2024
Ce qui est bien dans les films américains c’est que tu n’as pas besoin de voir le début pour comprendre la fin. Dans la dernière demi-heure, il y a toujours un personnage qui te résume la situation. Il arrive même que le scénario soit tellement transparent que cette étape ne soit pas nécessaire. Oui, je sais qu’il y a des films comme Tenet de Christopher Nolan dont même en ayant vu le début, je ne suis pas sûr d’avoir pigé le dénouement. Ces exceptions mises à part, cela me permet de passer d’une chaîne à l’autre pour trouver une « bonne fin ». Cette semaine j’ai ainsi pu voir les vingt dernières minutes d’un film se déroulant dans une prison militaire dont les détenus sont en fait de bon gars et qui se révoltent – avec succès — contre un directeur particulièrement pervers. Et tout cela se termine par une bannière étoilée flottant dans le vent, sans l’hymne éponyme toutefois, ce qui m’a un peu déçu, mais bon.
Une autre caractéristique de ces productions est que le héros doit, pendant une bonne partie de l’histoire, affronter non seulement ses ennemis, mais aussi ses propres amis qui doutent de son innocence, de sa tactique ou de son honnêteté. C’est cette lutte paradoxale qui m’a interpellé en regardant ce navet militaro-pénitentiaire.
Parce que cela m’a rappelé la situation de la presse et des journalistes, non seulement dans notre pays, mais dans le monde entier. Ils transmettent l’actualité même quand elle n’est pas joyeuse, ce qui est très souvent le cas. Ils décrivent la marche du monde, traquent les mensonges, se trompent parfois mais le reconnaissent souvent. Collectivement, tels des héros de films américains, ils sont – souvent — du bon côté de l’histoire. Et pourtant on leur en veut. De démoraliser la société, de démentir des fake news, de mettre en lumière des faits qu’il est plus facile d’ignorer. En ces temps où l’on perçoit la fragilité de la démocratie, il n’est pas inutile de distinguer ceux qui contribuent à la protéger. D’autant que le happy end n’est pas garanti. Désolé.
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