Comment la plus grosse adtech au monde a perdu 35 milliards en 24 heures ?
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L’ŒIL DE PAUL RIPART. Oubliez The Trade Desk, Xandr, Magnite ou IAS : la plus grosse adtech au monde s’appelle AppLovin et pèse 150 milliards de capitalisation. Si elle était cotée à Paris, elle serait la quatrième plus grosse capitalisation du CAC 40, juste derrière L’Oréal mais devant Sanofi, Airbus, BNP ou Total.
Pas mal pour une entreprise inconnue du grand public, et même très peu connue des spécialistes de l’adtech. Il faut dire que sa croissance a été fulgurante, avec une valorisation multipliée par 7 en 12 mois, portée par des résultats en forte progression, notamment sur son activité publicitaire (AppLovin est également éditeur de jeux). Point d’orgue, la publication des comptes le 12 février 2025 : 4,7 Milliards de revenus (dont 3,2 sur l’activité pub) pour 2,7 Milliards d’EBITDA. Très solide.
Mais voilà, le 26 février, deux rapports tombent coup sur coup : AppLovin est accusée de fraude à grande échelle. Son IA, Axon 2.0, ne serait qu’un écran de fumée. Les excellents résultats des annonceurs utilisant AppLovin ne seraient pas dus à l’algorithme, mais à une fraude massive, impliquant des préinstallations d’applications et des taux de clics frauduleux atteignant 40 %.
Deux jours plus tard, c’est la catastrophe : l’action perd 35 % de sa valeur, sa cotation est suspendue, une enquête est ouverte et AppLovin, par la voix de son CEO, doit répondre point par point aux accusations.
Qui sont les auteurs de ces deux rapports ?
Il s’agit de Fuzzy Panda Research et Culper Research. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Moi non plus. Et c’est normal : ce sont des shorts sellers, des acteurs qui parient sur la baisse rapide du prix des actions d’une société pour encaisser de juteux bénéfices si cela se produit.
Intéressant, donc : les auteurs du rapport ont tout intérêt à voir l’action d’AppLovin chuter… et rapidement.
Que disent exactement les rapports ?
AppLovin est accusée de tous les maux :
Fraude au clic,
Préinstallations forcées,
Vol de données à Meta,
Diffusion de publicités à caractère sexuel auprès d’enfants…
Vu la gravité et le nombre d’accusations, il s’agirait de la plus grande fraude jamais découverte dans l’adtech.
Mais cela fait beaucoup d’accusations d’un coup (il y a pratiquement tous les maux possibles)… et le rapport est truffé de suppositions, sans preuves réellement tangibles.
AppLovin est il vraiment coupable d’une fraude massive ?
À ce stade, il est difficile de le dire…
Tous les joueurs de jeux vidéo vous diront que les publicités qu’ils voient imposent souvent des clics, des redirections ou que des applications apparaissent mystérieusement sur leurs écrans sans qu’ils ne les aient téléchargées.
Mais le profil des commanditaires des rapports et leur contenu laissent tout de même planer des doutes…
Un secteur sous tension
Alors que l’industrie est encore secouée par l’affaire Adalytics et la diffusion de publicités sur des sites pédopornographiques, le secteur aurait bien aimé éviter ces nouvelles accusations.
En tant qu’annonceur, comment se protéger ?
À l’ère de l’IA, le bon sens reste indispensable. Voici quelques bonnes pratiques pour vos investissements publicitaires :
. Choisissez des régies reconnues, avec des sites fiables et vérifiés.
. Exigez un reporting complet, avec l’ensemble des URL de diffusion (y compris l’URL entière).
. Demandez un accès aux outils d’achat pour vérifier ce qui a été acheté.
. Méfiez-vous des performances trop belles pour être vraies :
Un taux de clic 5 fois supérieur à la moyenne ? Ça n’existe pas !
Un coût d’acquisition divisé par 3 ? Non plus !
Le bon sens….
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