La baisse d’audience des médias historiques est-elle celle de la perte du « temps de glande » ?
Ajouter The Media Leader à vos sources préférées
L’ŒIL DE PAUL RIPART. Il fut un temps où la presse, la radio, la télévision puis l’open web régnaient sans partage sur un territoire précieux : le « temps de glande ». Ce moment où l’on ne cherche ni à s’informer profondément, ni à se cultiver intensément, mais simplement à occuper une pause, un moment d’ennui ou d’attente. Ce temps-là, autrefois capté par les médias historiques, s’est progressivement déplacé et a fini par se loger aujourd’hui presque entièrement dans l’écosystème social.
Avant l’avènement massif de la télévision puis d’Internet, le magazine était le roi du temps mort. On le laissait traîner sur la table basse, on le feuilletait sur le canapé, on picorait des bribes : un papier people, une chronique humoristique, un mot croisé, une double page mode. Simple à consommer, aussi bien dans un café, qu’à la maison, aux toilettes ou entre deux métros, il permettait d’occuper ces moments de disponibilité grâce à des contenus courts et variés.
Puis la télévision est devenue l’écran du quotidien. Quand on n’avait rien à faire, on zappait d’une chaîne à l’autre sans intention forte. Le fameux « temps de cerveau disponible » illustrait parfaitement l’une de ses fonctions : offrir de la présence plus que du contenu. Le téléspectateur n’avait rien à faire, juste rester là et laisser défiler. C’était, en quelque sorte, le scroll avant l’heure.
Avec le web, la logique s’est encore déplacée. Dans les années 2005–2015, le temps de glande se numérise mais reste généraliste : on lit des brèves, on découvre des blogs, on consulte des sites médias sans grande intention. De nouveaux réflexes apparaissent : cliquer, rebondir, ouvrir plusieurs onglets. On glande entre deux e-mails, pendant une pause-café devant l’ordinateur ou sur les premiers smartphones. L’open web capte le temps mort, mais le fragmente.
Aujourd’hui, ce sont TikTok, Instagram ou les shorts sur Youtube qui dominent totalement ce territoire. Ils ont optimisé, industrialisé et verrouillé l’économie de l’attention faible. Le temps de glande est devenu une ressource monétisable qu’ils exploitent grâce à la visibilité infinie du scroll vertical, aux formats ultra-courts, à la personnalisation algorithmique. Le tout poussé par une friction zéro qui élimine toute démarche active, et à un flux illimité de “snack content” facile à consommer et à partager, même distraitement et sans le son.
Résultat : le temps de glande, autrefois diffus dans le paysage médiatique, est aujourd’hui capturé par les plateformes sociales, qui l’ont rendu délibérément addictif. Et l’histoire de ce temps de glande suit parfaitement celle des audiences : à mesure que ce territoire se déplace vers les plateformes, les médias historiques voient leur fréquentation s’éroder.
Il serait peut-être temps pour eux de cesser de courir uniquement après l’attention, et de redevenir maîtres de ce temps mort, celui où se jouent les usages réels, les volumes, les réflexes.
La bonne nouvelle, c’est que les médias ont toujours su raconter des histoires. Il leur reste simplement à apprendre à les raconter en huit secondes, en vertical, dans un feed, et à le distribuer sur les bonnes plateformes.
Pour ne manquer aucune actualité de The Media Leader, suivez-nous sur la chaîne WhatsApp, Google Actualités, LinkedIn et TML Briefing sur Kessel.
Depuis 20 ans, la référence des décideurs médias
Inscrivez-vous gratuitement aux newsletters quotidiennes : Première édition en exclusivité dès minuit et TML Briefing dès 18h
À lire aussi
Buyer Direct : Google vient peut-être de lancer la plus grosse évolution du programmatique depuis 15 ans... et personne n'en parle
L'OEIL DE PAUL RIPART. Si le programmatique est aujourd’hui le mode d’achat le plus populaire c’est principalement pour une raison simple : il apporte des capacités que le gré à gré traditionnel ne permet pas.
À lire plus tard
Vous devez être inscrit pour ajouter cet article à votre liste de lecture
S'inscrire Déjà inscrit ? Connectez-vous
