USA vs Google Search remèdes : Chrome une opportunité d’investissement à des (dizaines de) milliards de dollars, des superlatifs et un voile levé sur un (possible) deal 2025 GenAI entre Apple et Google
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L’OEIL DE MAÎTRE MASMI-DAZI. Une folle semaine vient de s’écouler dans le « superprocès » des remèdes sur la recherche en ligne contre Google. En 7 jours, pas moins de 17 témoins présentés par le Département américain de la Justice ont été auditionnés et contre-auditionnés, outre Sundar Pichai lui-même dont l’audition a été confortée quelques jours plus tard par un brief « amical » (amicus curiae) d’Apple qui n’avait pas été autorisé à intervenir en tant que partie au procès. Cette semaine a été la semaine des superlatifs – extraordinairement intrusif, difficile voire complètement impossible une cession de Chrome, des coûts estimés à des dizaines de milliards de dollars de R&D, des taxes sur la plus-value évoquées par des experts de Google, là où les experts présentés par les autorités américaines semblent beaucoup plus mesurés. Une fois n’est pas coutume, James Bond aura été cité à l’appui d’une intervention d’un expert de Google sur les risques de cyberattaques et d’atteinte à la sécurité nationale par des puissances étrangères (russes, chinoises, nord coréennes et iraniennes) s’il advenait que Chrome devait être cédé. Et cette semaine aura eu son lot de révélations sur l’avenir proche de Gemini et Apple. Si des scénaristes avaient voulu imaginer un procès Google, ils n’auraient probablement pas fait mieux.
La cession de Chrome est-elle une opportunité d’investissement attractive ? selon un banquier d’affaires oui, selon les experts de Google ce serait d’une complexité insurmontable et un risque systémique
C’est la première des deux questions centrales posées à un ancien banquier d’affaires chez Citigroup – David Locala, mobilisé par le DOJ à la barre et rompu aux processus d’acquisitions valorisées à plusieurs milliards de dollars. Selon lui, Chrome serait une opportunité d’investissement attractive avec ses 4,1 milliards d’utilisateurs mensuels actifs, sa position de leader et ses fonctionnalités bien connues du public, sous réserve de s’accompagner de « retention packages » permettant de faire venir ses 1250+ salariés dédiés. Dans une telle opération, le coût des employés est important, le package doit être suffisamment attractif pour retenir les talents dédiés. Locala a insisté sur le fait qu’une telle cession n’avait en soi rien d’insurmontable. Chrome avec ses 4+ milliards d’utilisateurs actifs mensuels est susceptible de générer un chiffre d’affaires sur cette base et de manière viable. Il est parfaitement possible et fréquent que des opérations de cessions interviennent dans des business très intégrés et prend l’exemple de la cession du fournisseur de semiconducteur AMD. De son point de vue, l’intégration des services est très fréquente dans le secteur de la tech, elle peut se manifester sur le plan opérationnel, commercial, R&D, du personnel, de la finance ou des ressources humains, ainsi que sur le plan de la structure juridique. Locala souligne à cet égard que Google a d’ailleurs de l’expérience en la matière, puis qu’il a acquis une partie du business de HTC avec 2000 ingénieurs et des droits de propriété intellectuelle, ou encore Motorola et 4000 employés. En comparaison, Chrome ne correspond qu’à 1250 salariés. Il a enfin évoqué la possibilité de recourir à des « transitional service agreement » des accords de fourniture de services avec le vendeur pour assurer la transition et maintenir l’actif viable pour l’acquéreur le temps de l’intégration, ce qui est parfaitement usuel dans le secteur technologique.
A l’extrême inverse, les experts mobilisés par Google ont souligné des risques significatifs en matière de cybersécurité lié à la circonstance que Google agirait comme un protecteur du réseau et qu’il aurait développé des signaux lui permettant d’identifier très rapidement où une attaque s’opère pour y remédier ou y parer. L’affaire Solarwinds, l’une des opérations d’espionnage numérique massif des centres de pouvoirs américains par des puissances étrangères, a été mentionnée pour illustrer la nécessité qu’un éventuel acquéreur soit capable de faire face à ce type de menaces comme Google peut le faire. C’est au cours de cette intervention que James Bond lui-même a été pris pour exemple pour illustrer les menaces qui pèseraient sur la sécurité nationale américaine si Chrome était cédé et que l’acquéreur ne pouvait remplir le rôle que Google joue.
Interrogé sur le sujet, Sundar Pichai admettra néanmoins qu’il s’exprime au titre de son obligation fiduciaire vis-à-vis de ses actionnaires, et non pour le gouvernement américain sur les sujets de sécurité nationale.
Outre les cyber risques, le DOJ a également interrogé Sundar Pichai sur l’argument selon lequel les remèdes de data sharing et de syndication causeraient des risques de fuites de données par exemple. Le DOJ a notamment demandé à Sundar Pichai, s’il existait une différence entre le data sharing demandé par le DOJ et celui exigé au titre du règlement européen sur les marchés numériques le DMA ? Il a répondu que des différences substantielles existaient de manière générale, mais plus spécifiquement, que le périmètre du DMA était plus restreint que celui des remèdes exigés par le Département américain de la Justice. Il a par ailleurs confirmé que dans le cadre de la mise en œuvre du DMA, il n’y avait aucune fuite de données à déplorer du fait du partage exigé, même s’il a nuancé le risque plus global qu’une telle situation se produise si l’échelle d’application n’était plus seulement l’Europe mais également les Etats-Unis.
Une telle cession changera-t-elle les incitations économiques ?
Au cours d’une audition et contre-audition de 5 heures, à ce point tendue que le Juge Mehta a dû intervenir, Mr Tasneem Chipty, expert économique mobilisé par le Département américain de la Justice a analysé les objectifs des remèdes proposés par ce dernier et leur capacité à modifier les incitations économiques sur les marchés concernés, de manière appropriée. Mr Chipty considère que les remèdes proposés (cession de chrome, fin des accords de distribution et de préinstallation par défaut et des partages de revenus publicitaires avec Apple notamment, data sharing et syndication) vont stimuler la concurrence, là où les remèdes comportements de Google paraissent maintenir le status quo. Les remèdes du DOJ devraient selon son analyse permettre aux concurrents de lutter pour leur propre préinstallation (ce qui leur est inaccessible aujourd’hui), pour la préinstallation par défaut sur Chrome, pour la qualité des services sur le Search et la publicité en ligne liée aux recherches, ce qui bénéficiera aux utilisateurs et aux annonceurs. Il souligne un point qui semble central, les remèdes du DOJ continueront de permettre à Google de concurrencer les autres opérateurs, le fait de ne plus être l’opérateur par défaut ne lui retire pas la possibilité d’exister, ni d’être concurrentiel par les mérites. L’expert ajoute que les remèdes de partage de données et de syndication permettront eux à un opérateur comme Microsoft de développer des produits concurrents rapidement. Mozilla auditionné à la demande de Google confirme par son témoignage la révolution que constitue la GenIA, outre sa trop grande dépendance à Google pour ses revenus.
Mais le point le plus saillant de son analyse porte sur Gemini. Mr Chipty considère que la GenIA est une menace naissante pour le moteur de recherche de Google et surtout un possible outil de contournement des remèdes qui pourrait être utilisé par Google en faisant levier sur l’application Gemini. Il envisage la possibilité que l’application Gemini qui commence déjà à être préinstallée sur des équipements, soit ou devienne dans une future version, un point d’accès à la recherche en ligne, ce qui lui permettrait de devenir un outil de contournement à l’interdiction de préinstallation du moteur de recherche si Google dispose de moins de leviers pour sécuriser des utilisateurs.
Google et Apple : un deal Gemini & Apple Intelligence en préparation pour mi-2025, pour succéder à l’accord de préinstallation par défaut à 20 milliards de dollars annuels ?
Outre sa critique virulente de la proposition de remèdes du DOJ qu’il considère confiscatoire, excessive et s’apparentant à un démantèlement de facto menaçant la confiance des utilisateurs dans la protection de leurs données et les milliards de dollars d’investissement en R&D dans Chrome au cours de la décennie, Sundar Pichai a révélé des éléments très intéressants sur l’avenir proche de Gemini et d’Apple. Il a ainsi confirmé qu’il avait eu plusieurs appels avec Tim Cook, le patron d’Apple en 2024 au sujet de Gemini et de sa capacité à fournir une très bonne expérience utilisateur. Pour mémoire, Apple avait conclu un deal avec ChatGPT pour booster Siri. Tim Cook aurait indiqué à Sundar Pichai, selon ses propres affirmations, qu’Apple entendait étendre les deals à d’autres fournisseurs d’IA en 2025 et qu’un deal était attendu entre les deux mi-2025. Le Juge Mehta a demandé à Sundar Pichai si ce deal prévoyait la préinstallation de l’application Gemini dans les appareils Apple (à l’instar de la préinstallation de son moteur de recherche par défaut par exemple ou de ses applications Chrome sur certains appareils) ? Sundar Pichai a répondu que Gemini viendrait booster Apple Intelligence et que certains cas d’usage seraient envoyés à ChatGPT.
Il est très intéressant de rapprocher cette réponse de la déclaration spontanée effectuée par John Giannandrea – responsable IA d’Apple, dans l’amicus curiae brief qui indique notamment qu’Apple n’a pas envisagé et n’envisage toujours pas de développer un moteur de recherche traditionnel. Il ajoute qu’Apple dispose d’un index de recherche qu’il a constitué, mais il faudrait des investissements massifs, jugés non pertinents par Apple pour l’utilisateur, pour créer un moteur de recherche en ligne traditionnel. De telles déclarations ne semblent donc pas exclure de nouveaux modes de recherche, notamment ceux boostés à la GenIA. Il est donc permis de penser que si Apple ne se positionne pas stratégiquement sur les moteurs traditionnels de recherche, ce n’est pas tant lié à son manque d’appétence pour la recherche en soi qu’au potentiel de croissance de la recherche boostée à l’IA Générative.
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